Prise en charge de l’obésité infantile au Luxembourg

Obésité infantile, CHL
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A l’occasion de l’European Public Health Week 2022, le Dr Chiraz Ghaddhab, médecin dans le service d’Endocrinologie pédiatrique du CHL, fait le point sur le rôle du CHL et de ses partenaires pour développer la prise en charge de l’obésité infantile au Luxembourg. 

Auteurs : Chiraz Ghaddhab1, Hanen Samouda2, Carine De Beaufort1, Dominique Schaeffer1,Kate Greehalgh1, Schutz Michele1,

Affiliations: 

1. Endocrinologie pédiatrique. Clinique de l’Obésité Infantile, Kannerklinik, Centre Hospitalier de Luxembourg, Centre Hospitalier du Luxembourg

2. Department of Precision Health, Luxembourg Institute of Health.

Qu’est-ce que l’obésité infantile ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’obésité est une augmentation de graisse dans le corps qui peut nuire à la santé. Pour déterminer si une personne a un surpoids ou une obésité, on utilise généralement l’indice de masse corporelle (IMC) (également appelé BMI (Body Mass Index)). Cette définition est malheureusement incomplète car l’IMC mesure la corpulence en général et pas spécifiquement la masse grasse ; et nous savons que tous les patients avec obésité ne vont pas développer des complications.

Il faut en effet faire la différence entre les patients avec obésité qui sont métaboliquement sains (metabolically healthy) de ceux qui ne le sont pas (metabolically unhealthy). L’IMC ne tient aussi pas compte de la composition corporelle et nous savons que c’est l’augmentation de graisse viscérale (1) qui est  en relation avec le développement de maladies chroniques, notamment métaboliques. (Samouda et al. Pediatr Diabetes. 2017)

  1. C’est pourquoi nous utilisons (ici) à la KannerKlinik une nouvelle définition de l’obésité avec l’échelle «EOSS-P», à savoir l’Edmonton Obesity Staging System for Pediatric (2). Développée au Canada et adoptée dans plusieurs pays, cette échelle tient compte des 4 M pour définir les stades de l’obésité: le Métabolique, le Mécanique, le Mental et le Milieu social. Le score est classé de 0 à 3 et permet d’identifier les enfants avec obésité à risque qui nécessitent une prise en charge personnalisée en fonction de la cause et complication de l’obésité définie par les 4 M. (Hadjiyannakis et al. Paediatr Child Health. 2016).

Quelles sont les conséquences de l’obésité sur la santé de l’enfant ? 

La metabolically unhealthy obésité augmente le risque d’anomalies métaboliques, en lien avec l’apparition de troubles du métabolisme des lipides, glucides, etc. Or, ces perturbations du métabolisme sont souvent responsables de la survenue d’un diabète de type 2 (trop de sucre dans le sang), d’une augmentation de la tension artérielle (HTA) ou encore d’une crise cardiaque. 

Par ailleurs, l’obésité est un important facteur de risque de complication mécanique. L’épiphysiolyse de la tête fémorale (glissement brutal de la tête du fémur) est la complication mécanique la plus grave. Le surpoids peut également donner lieu à des douleurs articulaires (au niveau des genoux…) ou à des problèmes respiratoires comme un essoufflement à l’effort.

Il faut savoir aussi que la fréquence de l’asthme est augmentée en cas de surpoids et d’obésité ainsi que le risque de rencontrer des problèmes au foie. Une autre complication grave de l’obésité est l’hypertension intracrânienne qui entraîne des maux de tête et peut mener à une perte de la vue. 

Il est difficile de savoir à l’avance quel enfant va développer plus tard dans sa vie d’adulte (ou avant) des complications. D’où l’intérêt de la nouvelle définition de l’obésité avec une échelle d’évaluation plus adaptée aux complications. En effet, il peut y avoir des enfants avec une masse grasse importante qui ne rencontreront jamais de problèmes et d’autres, avec moins de graisse corporelle, qui développeront diverses complications. Il est important également de parler des complications d’ordre psychologique/Mental.

Les enfants avec surpoids et avec obésité́ souffrent de stigmatisation et de moqueries entraînant de graves complications telles que les troubles du comportement alimentaires, de l’anxiété, une dépression, l’isolement (Milieu), la phobie scolaire et la perte d’estime de soi qui dans certains cas peuvent amener à des comportements suicidaires.

Quels sont les chiffres pour le Luxembourg ? 

En 2014, l’enquête HBSC (Health Behaviour in School-aged Children) montre qu’au Luxembourg, 12,1% des enfants ont un surpoids et 2,8% une obésité. En 2018, cette enquête montre que 19% des adolescents avaient un surpoids. 

Ceci correspond bien aux chiffres fournis par la santé scolaire: un enfant sur 5 a un surpoids ou une obésité́ (2017-2018 Dr Masi). Nous observons aujourd’hui une forte augmentation de l’obésité́ dans les pays en voie de développement tandis que dans les pays développés, l’accélération de l’obésité́ semble se stabiliser (Stamatakis et al., Int J Obes 2011). 

Quelle est la prise en charge proposée actuellement au Luxembourg?

Pour la prise en charge de l’obésité infantile, le CHL/ Kannerklinik collabore depuis plusieurs années avec des partenaires de soins, dont le service national de psychiatrie juvénile des Hôpitaux Robert Schuman HRS (Dr Aarab Salima, MD et son équipe), le Rehazenter (Dr Schmiz Jean-Paul, MD et son équipe), la médecine du sport… pour ne citer que les principaux.

 Le LIH (Dr Hanen Samouda, PhD) et l’Université du Luxembourg (Pr Vögele et son équipe) collaborent avec les cliniciens sur le volet recherche dans le cadre du Le programme MOving TOgetheR.

La plupart des enfants sont orientés vers la clinique de l’obésité infantile du CHL par le pédiatre, le médecin généraliste, la médecine du sport ou encore la médecine scolaire. À la Kannerklinik, l’infirmière coordinatrice de la clinique de l’obésité infantile réceptionne les ordonnances médicales. Elle contacte ensuite la famille pour organiser un premier rendez-vous.

L’enfant et ses parents rencontrent tout d’abord l’infirmière coordinatrice et le pédiatre endocrinologue dans le but de faire un état des lieux de la situation globale de l’enfant. Les thèmes les plus importants sont abordés au cours de ces entretiens : alimentation, activité physique/loisirs, scolarité, aspects psycho-sociaux, auscultation de l’enfant, test physique… afin de comprendre au mieux les besoins de l’enfant et adapter au mieux sa prise en charge. 

Les différents rendez-vous avec la psychologue, la diététicienne et le kinésithérapeute ainsi que des examens complémentaires sont organisés dans un second temps. Après cette première rencontre avec l’enfant et ses parents, l’équipe pluridisciplinaire de la clinique de l’obésité infantile se réunit une première fois pour discuter de la prise en charge de l’enfant. 

Une réunion multidisciplinaire est ensuite organisée avec les partenaires du réseau MOTOR (Rehazenter et HRS) afin de décider collégialement du meilleur parcours à proposer pour chaque enfant. Il pourra s’agir soit d’une prise en charge individuelle à la clinique de l’obésité infantile de la Kannerklinik, soit d’une prise en charge de groupe au Rehazenter soit d’une prise en charge de groupe avec les partenaires du service national de psychiatrie juvénile des Hôpitaux Robert Schuman. 

Pour la prise en charge individuelle à la Kannerklinik, 

les enfants sont revus régulièrement, plusieurs fois par an pendant 3 ans et ensuite annuellement pendant 3 autres années. Le rythme des consultations et la durée du suivi sont adaptés en fonction des besoins de l’enfant. Un suivi avec une diététicienne libérale proche du lieu de résidence de l’enfant et avec notre psychologue peut également être proposé. 

Pour la prise en charge de groupe au Rehazenter, les enfants et les adolescents participent, 2 après-midi par semaine pendant 3 mois, à des activités sportives et à des ateliers psycho-diététiques. 

La prise en charge des enfants et adolescents aux Hôpitaux Robert Schuman a lieu actuellement pendant les grandes vacances, sur le site de l’Hôpital Kirchberg. Initialement, une prise en charge ambulatoire était proposée pendant 8 semaines avec des ateliers psycho-diété tiques et sportifs. Une nouvelle approche (stationnaire/ ambulatoire) est en train d’être évaluée afin d’offrir la meilleure prise en charge possible aux jeunes patients. 

Prise en charge de l’obésité infantile en réseau pluridisciplinaire: quel est le bilan à 1 an ? 

Depuis le début, nous avons pu prendre en charge 589 patients suivis pour obésité à la Kannerklinik. Ils sont âgés de 1 an à 18 ans. Une cinquantaine d’enfants ont pu bénéficier d’une prise en charge au Rehazenter et entre 4 et 8 jeunes par an au programme intensif du Service National de Psychiatrie Juvénile. 

La pandémie a eu un impact énorme sur la pathologie, mais aussi sur la mise en place des programmes chez nos partenaires et chez nous.
Heureusement le programme a pu redémarrer depuis le début de la pandémie. 

Plusieurs changements ont été faits pour pouvoir mieux adapter l’offre de soins au programme journalier des enfants. C’est le cas notamment avec les horaires au Rehazenter qui ont été adaptés pour augmenter l’accessibilité des enfants aux activités sportives en dehors des horaires scolaires. Nous espérons que les familles pourront bientôt bénéficier d’une aide pour le transport car, pour l’instant, ils doivent s’organiser pour assurer le déplacement de leur enfant aux différents endroits de prise en charge.

Nous travaillons également avec le Dr Samouda (LIH) sur la mise en place d’un registre national de l’obésité de l’enfant. Il est certain que nous devons améliorer continuellement nos pratiques pour pouvoir proposer une prise en charge globale optimale à nos jeunes patients. 

Lisez d’autres articles sur notre site sur le CHL.

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