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Rééduquer son périnée pendant la grossesse ou après un accouchement

Lors de la grossesse ou après un accouchement, les muscles du périnée sont fortement sollicités. Une incontinence urinaire à l’effort (IUE) peut alors apparaître, avec un retentissement non négligeable sur la qualité de vie des femmes. Si les fuites urinaires perdurent, une rééducation du périnée sera  envisagée. Abordons le sujet avec Lara Mercier, kinésithérapeute au Centre Alzette Kiné à Esch-sur-Alzette.

L’incontinence urinaire à l’effort se définit comme « une fuite involontaire d’urine non précédée du besoin d’uriner, qui survient à l’occasion d’un effort tel que une toux, un éclat de rire, un éternuement. » Heureusement, l’IUE peut se résorber spontanément après quelques semaines ou plusieurs mois. « Mais si le périnée ou la sangle abdominale ne récupère pas son état initial, l’incontinence urinaire à l’effort peut réapparaitre lors d’une prochaine grossesse ou à la ménopause. », tient à préciser Lara Mercier. 

Fuites urinaires : les facteurs de risque

Suite aux nombreuses modifications anatamo-physiologiques qui ont lieu pendant la grossesse, les femmes sont plus sujettes à l’incontinence urinaire à l’effort. « D’une part, les muscles abdominaux peinent de plus en plus à travailler correctement. D’autre part, les hormones créent un relâchement des ligaments du bassin et des muscles non volontaires du périnée. À tout cela, il faut ajouter le poids du bébé, du liquide amniotique et de l’utérus qui vient peser sur le périnée. Au bout de 6 mois de grossesse, le périnée peut s’affaiblir et se relâcher, avec l’apparition de fuites urinaires. Mais que les femmes se rassurent, elles ne développeront pas toutes une incontinence urinaire pour autant ! », nous explique Lara Mercier.

D’autres facteurs entrent en ligne de compte :

  • Un périnée déjà trop faible avant la grossesse. C’est souvent le cas pour  les femmes primipares ou multipares (essentiellement chez celles qui n’ont bénéficié d’aucune rééducation du périnée suite à de précédentes grossesses).
  • Un surpoids ou une obésité. Par ailleurs, il a été prouvé qu’une prise de poids importante et rapide pendant la grossesse constitue un facteur de risque élevé. 
  • Certaines manœuvres obstétricales : utilisation des forceps, appui abdominal pendant les poussées, épisiotomie ou grande déchirure du périnée.
  • Une constipation chronique. 
  • La pratique de certains sports (équitation, sport avec saut…) et le port de charges lourdes.

L’hygiène de vie est primordiale pour prévenir l’incontinence  urinaire à l’effort. Une femme sédentaire aura un périnée moins tonique et une sangle abdominale moins bonne dès le début de sa grossesse. 

Incontinence urinaire et traitements

En présence d’une incontinence urinaire, la rééducation périnéale est toujours envisagée en première intention. Il faut dire que son efficacité n’est plus à démontrée ! La base du traitement repose également sur une meilleure hygiène de vie ciblée sur une diminution des facteurs de risque de l’IUE. Le traitement chirurgical est quant à lui indiqué en seconde intention, et n’est pas applicable à chaque cas clinique.

L’importance de l’anamnèse

Lors de votre anamnèse, le kinésithérapeute se renseignera sur la fréquence de vos fuites urinaires, leur gravité et leurs répercussions dans votre vie quotidienne. Ces informations essentielles lui permettront d’évaluer ensuite l’efficacité de sa prise en charge en observant une amélioration de vos symptômes. 

Lara Mercier :  « Ma première séance surprend souvent mes patientes parce que je prends le temps de les interroger de manière détaillée. Il est important pour moi de connaître l’histoire de leur grossesse, la manière dont s’est déroulé leur(s) accouchement(s), leurs désagréments urinaires (fuites, infection, type d’incontinence sur urgence, à l’effort..), leur hygiène de vie ou encore leurs désagréments sexuels. Je leur explique ensuite la manière dont fonctionne leur corps et en quoi consiste la rééducation du plancher pelvien. »

Qu’est-ce que la rééducation du périnée ?

La rééducation périnéale consiste en la rééducation du périnée ou des muscles du plancher pelvien à titre préventif ou curatif de l’incontinence urinaire. Elle est dispensée par un kinésithérapeute ou une sage-femme spécialisée, et nécessite une prescription médicale. Lors des séances, le rôle du thérapeute est d’amener sa patiente à prendre conscience de son périnée. Le renforcement des muscles du plancher pelvien et un meilleur contrôle du périnée sont rendus possible grâce à un enchainement d’exercices de contractions/relâchements volontaires du périnée. « Moyennant l’accord de mes patientes, j’utilise une sonde vaginale afin qu’elles puissent visionner sur un écran le travail de leur périnée. Dans l’optique d’apporter une réponse encore plus concrète, je me sers également d’un test de manométrie qui permet de mesurer la pression que le périnée peut exercer sur cette sonde. C’est d’autant plus motivant pour mes patientes car elles peuvent voir l’évolution de cette mesure en cours de rééducation. », commente Lara Mercier.  

Le second volet de la prise en charge repose sur un travail de la sangle abdominale. Grâce à un renforcement des muscles de la ceinture abdominale par des exercices de gainage, la protection du périnée est assurée sur le long terme. Ce muscle étant déjà assez fragile, il est indispensable de l’épargner de trop grande pression. 

Il faut savoir que le rôle du thérapeute est de prendre en compte chaque patiente dans sa globalité. Dans cette optique, Lara Mercier intègre dans sa prise en charge des exercices plus globaux qui permettront à tous ces muscles (abdominaux, périnée) de travailler ensemble et de manière synchronisée. Elle conclut : « Je suis fort soucieuse de l’implication de mes patientes dans leur processus de rééducation périnéale. C’est pourquoi les différents exercices que je propose lors de mes consultations nécessitent peu de matériel et sont d’une durée raisonnable (moins de 15 minutes par jour). Chacune de mes patientes peut ainsi facilement les mettre en pratique à domicile. ». 

Comment diminuer les facteurs de risque ? 

Quelques recommandations pour éviter le risque d’incontinence urinaire à l’effort pendant la grossesse ou après l’accouchement :

  • Lutter contre la constipation. Pour retrouver un transit normal, il suffit souvent de manger des fruits et légumes, de boire beaucoup d’eau et d’avoir une activité physique régulière. 
  • Adopter un mode de vie actif, en favorisant le renforcement musculaire et la perte pondérale. 
  • Eviter les activités à risque tels que le port de charge lourde, la réalisation d’exercices d’abdominaux de type Crunch, la pratique de sports avec impacts (boxe, équitation…). « Tout est une question de mesure, bien évidemment. L’excès nuit en tout. Si une maman me dit que la course à pied est la seule activité physique qu’elle apprécie faire, je l’autorise. A deux conditions : que son périnée soit correct et qu’elle pratique la course à pied de manière raisonnable. » , souligne Lara Mercier. 
  • Effectuer ses rééducations post-partum, ou toutes rééducations prescrites par le médecin.
Rééduquer son périnée pendant la grossesse ou après un accouchement
Manger des fruits et légumes permet de lutter contre la constipation.

Bon à savoir : 

  • L’incontinence urinaire à l’effort chez la femme enceinte augmente le risque d’incontinence après la grossesse et durant le reste de la vie. 
  • L’incontinence urinaire à l’effort n’est pas une fatalité. Des solutions existent. N’hésitez pas à consulter votre médecin.
Post - Luxembourg - Santé
Céline Buldgen
Journaliste multimédia

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