Covid-19 et études : Victoria Lietar, une jeune étudiante de 18 ans, sort du silence

La détresse des étudiants
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La détresse des étudiants est réelle: ils se sentent abandonnés dans cette crise sanitaire. Victoria Lietar, une jeune femme de 18 ans, a écrit une lettre touchante à ce sujet. Nous vous la partageons.

Bonjour à tous.

Je ne pensais jamais faire ça, écrire un texte sur Facebook, mais j’en ressens le besoin, l’utilité et surtout, l’urgence.
J’ai 18 ans et je suis étudiante. Et je parle au nom de tous les étudiants.
J’ai terminé ma rétho à distance. Je n’ai eu droit ni à mon bal, ni à mon spectacle, ni à mon voyage rétho. J’ai mordu sur ma chique et je me suis dit que c’était pour mon bien. J’ai été privée de mes amis une première fois.

On nous a demandé d’être patients, d’être de bons citoyens, de rester chez nous. On l’a fait. De mars à juin, on l’a fait. On a été courageux. On s’est trouvé des occupations. Il faisait beau, on pouvait avoir cours en ligne dehors. On a téléchargé des conneries, on s’appelait en face time, on cuisinait, on reprenait le sport. Ça allait. Ma vie avait été stoppée nette, les bars et les boîtes avaient disparus subitement. Mais ça allait. On décomptait les jours, on attendait les conseils nationaux. On était tous devant notre télévision. Et un jour, enfin, j’ai pu revoir mes amis. C’était vers juillet/août. Nous avons même pu partir en vacances. C’était autorisé, on pouvait décompresser. Les bars étaient réouverts, on se revoyait tous, heureux.

Ensuite, j’ai commencé ma première année à l’université. C’est stressant, une rentrée à l’unif. On vous dit que c’est pas facile, qu’il faut s’accrocher, c’est nouveau, c’est grand, ça demande de l’organisation. Je pense que je suis allée trois semaines en auditoire. Après, on me l’a interdit. Tout s’est brutalement refermé. Plus de bars, plus d’amis, plus de magasins, plus de restaurants… J’ai commencé à voir de la nouvelle matière, inédite, jamais vue, à distance. Avec des réunions teams où le son était mauvais, où les profs n’avaient pas de bons micros, où les slides ne défilaient pas, se bloquaient, où tu devais rester devant un ordinateur pendant des heures à écouter (essayer du moins) un nouveau cours. J’ai eu mal aux yeux.

J’ai perdu tout contact social, je suis passée de vie active à vie passive, dans mon lit, à rien faire. On m’a interdit de voir mes amis une seconde fois. Ça fait 3 mois que je ne peux plus les voir, alors qu’ils faisaient partie de mon quotidien. Tous les jours je les voyais, et on me les a enlevés. Et à l’heure actuelle, si j’ose en voir 3 à la maison, on risque d’être dénoncés et d’avoir des amendes. Et chère hein l’amende.

Alors je suis chez moi. Tous les jours. Devant un ordinateur. Je souffre du manque de contact social. Je souffre qu’on ne pense pas à moi, étudiante. Qu’on dise toujours que le problème : c’est nous les jeunes. Que nous sommes irresponsables. Stupides, bêtes, rebelles. Pourtant, la plupart essaient de se plier aux règles pour à tout prix sortir du train train insupportable de LEC: « lever, étudier, coucher ».

Le seul bruit que j’entends c’est la pluie contre ma fenêtre, ou un chien qui aboie, la seule chose que je vois, c’est la vue de la fenêtre de ma chambre. Pour d’autres, c’est 10m2 de kot ou de studio, dont la vue s’arrête à l’appartement d’en face.

Alors oui, je vais me promener, prendre l’air. Mais à force de se promener, on s’en lasse. Je ne sais pas ce qu’est l’université. Je ne sais pas ce qu’est le folklore, le baptême, tout ça ne me dit rien.

Je vis mon premier blocus, dans des conditions où le stress est double. Le morale est lourd, très lourd. Car il faut se motiver même si les conditions sont déplorables. Rien ne te motive. Rien. Tu te lèves pour rien. Tu vois personne. Tu te sens seule.

Je n’ai pas fêté mon anniversaire. 18 ans, ça se fête pourtant. J’aurai du organiser une grande fête, avec beaucoup de gens, on aurait dû se serrer dans les bras, s’embrasser. Mais rien de tout ça.

Je vois venir les commentaires (« tu as évité la guerre, pense un peu à tes arrières grands parents »). J’y pense. Mais je parle pas de ça. Je parle de quelque chose que je suis en train de vivre, moi, qui me tue petit à petit. Je parle pas de guerre, je veux pas comparer. Car ce qu’on vit est incomparable.

Les étudiants souffrent de l’isolement, du manque de leurs amis et ce depuis des mois. On souffre, on essaie de l’exprimer, mais rien ne change. On nous prive de nous rendre à l’université par contre nos examens sont en présentiel, avec bien 300 personnes dans les auditoires. Pourquoi ? Expliquez-moi pourquoi. Un étudiant s’est défenestré à Lyon, vous attendez que ça arrive ici aussi en Belgique pour peut-être nous prendre en considération ? Pour peut-être réaliser à quel point notre santé mentale est en péril ?

On se bat pour être heureux actuellement. Je pense que le bonheur a disparu chez beaucoup. On se bat. Mais on perd pied. L’urgence est là. Il faut sauver les étudiants. Il faut qu’ils se sentent écoutés, compris, et surtout considérés. Sauvez-nous. Parce que pour beaucoup d’entre nous, on s’effondre. Et il est temps de réagir, il est encore temps. Trouvez-nous des solutions. Proposez nous des perspectives. Arrêtez de parler de chiffres, mais parlez de personnes. Ne nous dissimulez pas parmi des numéros. Nous sommes prêts à respecter vos mesures, mais permettez nous de re vivre. J’évite de parler de dépression et de suicides, mais s’il faut encore confiner, limiter encore les contacts, rajouter des mesures, vous devez vous y attendre… et vous aurez été prévenu.

Merci.

Victoria Lietar

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