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Apprendre à nos enfants à se protéger de l’abus sexuel

L’abus sexuel peut arriver à tout enfant, sans discernement d’âge, de classe sociale ou d’héritage culturel et se produit plus souvent qu’on ne le pense. En tant que parent, vous avez un rôle majeur à jouer en matière de prévention des agressions sexuelles. Eclairage avec les Drs Déborah Egan-Klein et Denise Reding-Jones, psychologues clinicienne/psychothérapeutes. 

Il y a abus sexuel sur mineur à partir du moment où une personne, d’habitude plus âgée, impose son désir sexuel à un enfant. 

Cet acte peut prendre différentes formes, allant de l’exhibitionnisme, au voyeurisme, à l’inceste, aux baisers et caresses sur les parties intimes du corps, aux communications à connotation sexuelles par téléphone ou Internet, à la pornographie ou encore au viol. 

Tactique des abuseurs

Il y a toujours un abus de pouvoir puisque l’agresseur s’attaque à un être plus vulnérable que lui. On observe aussi très souvent un abus de confiance, comme nous le confie le Dr Egan-Klein : « 90 % des enfants abusés connaissent leur abuseur (parent, beau-père, grand-père, mère fusionnelle, ami de la famille, voisin…). Seulement 10 % des enfants abusés sexuellement sont abusés par un étranger. Dans la majorité des cas, l’auteur de crimes sexuels prépare sa victime soigneusement. Pour ce faire, il utilise une technique de conditionnement (grooming) pour gagner la confiance de l’enfant et des adultes de son entourage. L’abuseur, avec beaucoup d’entraînement, manipule l’enfant afin qu’il participe. Pour s’assurer de sa complicité, il utilise la menace, le chantage, la force physique et les cadeaux. »

Les abuseurs ne choisissent pas leurs victimes au hasard. Ils vont de préférence rechercher un enfant passif, qui est souvent seul, qui ne parle pas beaucoup, qui manque de confiance en lui ou qui fait confiance sans discernement. 

Profil de l’abuseur

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’existe aucun profil type de l’agresseur sexuel. Il convient, dès lors, en tant que parent, de prêter attention aux comportements et situations qui comportent des risques. Un abuseur pourrait être une personne qui :

  • ne semble pas avoir beaucoup d’amis adultes et préfère passer son temps avec des enfants, 
  • trouve les moyens de rester seul avec l’enfant ou l’adolescent, 
  • ignore les indications verbales ou physiques que l’enfant ne veut pas être embrassé, ne veut pas de câlins, ne veut pas être chatouillé, etc,
  • ne respecte pas la vie privée de l’enfant ou de l’adolescent dans la salle de bains ou dans la chambre,
  • donne de l’argent ou des cadeaux sans raison,
  • discute ou demande à l’enfant/l’adolescent de parler de sexualité, d’expériences sexuelles ou de sentiments,
  • regarde la pornographie infantile.

Dr Egan-Klein : « Notre objectif n’est pas de vous inciter à ne pas faire confiance aux adultes et adolescents parce qu’ils ont accès à vos enfants, mais de vous apprendre à reconnaître les signes de danger et d’être prêts à suivre votre intuition lorsque vous sentez une suspicion. Rappelez-vous que ces comportements, pris séparément ou ensemble, ne prédisent pas l’abus sexuel. Attention donc à ne pas vous inquiéter trop vite, mais il faut rester vigilant. » 

Les abuseurs utilisent la technique du conditionnement, un processus généralement long et graduel. Leurs objectifs : réduire les risques que l’abus soit découvert, créer des liens avec l’enfant et le manipuler, banaliser les comportements inappropriés ou rendre l’enfant responsable de la situation.

La connaissance des risques:

  • 90 % des enfants abusés connaissent leur abuseur.
  • Une fille sur quatre va subir un abus sexuel avant ses 18 ans, et un garçon sur six.
  • Seulement 38 % des enfants victimes dévoilent le fait d’avoir subi des abus sexuels.
  • Un agresseur sur quatre est âgé de moins de 18 ans.

Les signes qui doivent vous alerter

L’enfant révèle souvent l’abus à travers des changements de comportements qui persistent dans le temps. Il peut avoir un intérêt exagéré pour le corps, porter un nombre excessif d’habits, modifier ses habitudes alimentaires, penser que son corps est sale ou mauvais, faire une fugue, voler, mentir… Cela peut aussi se traduire par le fait que votre enfant est souvent anxieux, irrité, peureux, fait des cauchemars, fait pipi au lit… 

« L’enfant abusé montre souvent plusieurs signes, plutôt somatiques dans la petite enfance et comportementales dans l’enfance et l’adolescence. A ce moment-là, il est utile de consulter un psychologue qui pourra prendre en charge votre enfant. Si votre enfant vous confie un abus, croyez-le  et contactez immédiatement un professionnel du parquet ou de la police judiciaire », conseille le Dr Reding-Jones. 

Donnons des repères aux enfants afin qu’ils puissent reconnaître les personnes qui se comportent mal, ainsi que les situations et les comportements dangereux. 

Comment prévenir l’abus sexuel ? 

En tant que parent, il est important que vous puissiez aider votre enfant à acquérir des compétences et des réflexes qui le rendront moins vulnérable aux situations d’abus sexuel. « Abordez ouvertement le sujet de l’abus sexuel au sein de la famille, au lieu d’en parler une seule fois comme si c’était un sujet tabou. », affirme le Dr Egan-Klein et le Dr Reding-Jones ajoute : « Il faut absolument évoquer le sujet le plus tôt possible et régulièrement avec votre enfant. Beaucoup de personnes pensent que parler à nos enfants d’abus sexuel risque de produire un effet inverse. En réalité c’est le fait de ne pas en parler qui rend l’enfant plus vulnérable  Retenez qu’un enfant informé sera toujours une cible difficile pour l’abuseur. »

Pour protéger votre enfant de l’abus sexuel, apprenez-lui à s’estimer, à se faire confiance, à se respecter, à exprimer ses émotions et à communiquer avec les autres. Donnez-lui aussi des connaissances adaptées à son âge sur la sexualité.

Les programmes de prévention

Des programmes de prévention existent dans d’autres pays (USA, Canada…) depuis 30 ans dans les milieux préscolaire, primaire et secondaire. Les principaux thèmes abordés dans ces programmes pour les enfants de 4 à 6 ans sont : 

  • les touchers permis et interdits, 
  • savoir reconnaître les situations dangereuses et y réagir correctement,
  • savoir identifier les personnes de confiance à qui l’enfant peut se confier (parent, enseignant, éducateur, médecin, agent de police…).

En veillant à utiliser un langage adapté à l’âge de votre enfant, vous pouvez lui transmettre quelques messages de prévention : « Si quelqu’un exige quelque chose que tu estimes mauvais pour toi, il faut en parler à une personne de confiance. », « Il est interdit de faire des jeux ou des gestes sexuels entre adulte (adolescent) et enfant. », « Si quelqu’un te demande de ne parler à personne de ce qui se passe entre lui et toi, méfie-toi. »

« Des programmes de prévention existent dans d’autres pays (USA, Canada…) depuis 30 ans dans les milieux préscolaire, primaire et secondaire. Pourquoi n’avons-nous pas de programme de prévention intégré dans le système scolaire dés l’âge de 4 ans ici au Luxembourg », interrogent le Dr Déborah Egan-Klein et le Dr Denise Reding-Jones.

Post - Luxembourg - Enfance
Céline Buldgen
Journaliste multimédia

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