MAT BASTARD, le chanteur de Skip The Use : l’énergie du rock, entre passion et équilibre de vie

Concert-Skip-The-Use
Facebook
LinkedIn
Twitter
Email
Imprimer
Facebook
Twitter
LinkedIn
Email

Musique, engagement, santé mentale et équilibre de vie : derrière l’énergie explosive de Skip The Use, Mat Bastard se dévoile sans filtre. De son rapport à la scène à son amour du surf, en passant par l’anxiété, le sommeil, la paternité et la nécessité de savoir demander de l’aide, le chanteur livre une vision personnelle de la liberté et du bien-être.

Sur scène, Mat Bastard est une véritable décharge électrique. Avec Skip The Use, il fait vibrer les foules, bouscule les codes musicaux et défend des textes qui interrogent notre époque. Mais derrière l’énergie du rock se dessine une personnalité plus contrastée : un homme solitaire, passionné de surf, attaché à ses filles, qui revendique son indépendance d’esprit et ne cache ni ses angoisses ni ses fragilités.

Au fil de notre échange, le chanteur parle de création, d’intelligence artificielle, de pression sociale et d’engagement artistique. Il évoque aussi, avec une franchise désarmante, son rapport à la santé mentale, l’importance du sommeil et la place essentielle de ses enfants dans sa vie. Une conversation qui rappelle que prendre soin de soi, c’est aussi apprendre à se connaître, à s’entourer et à s’autoriser à ralentir.

Echange avec Mat

Skip The Use, Mat bastard
@Nicko Guihal

MUSIQUE : créer, provoquer, rassembler

Skip The Use a toujours cultivé un mélange de rock, de punk, d’électro et de sonorités pop. Qu’est-ce qui vous pousse à ne jamais vous enfermer dans un seul style ?

Pour ne pas s’ennuyer, déjà ! Mais surtout, nous considérons la musique comme un ensemble de moyens que l’on peut utiliser pour atteindre une destination. Nous faisons des chansons pour mettre des sujets sur la table. C’est véritablement la raison d’être du groupe.

Ensuite, en fonction du sujet que nous voulons aborder, nous allons chercher les univers musicaux qui nous permettent de l’exprimer le plus justement possible. Nous avons une base rock, mais nous n’allons certainement pas nous priver d’autres sonorités si elles nous permettent d’être plus précis dans notre propos.

Nous avons cette chance de ne jamais nous être enfermés dans une case. Tout est possible, c’est ce qui est chouette et c’est ce que j’aime !

Sur scène, tu dégages une énergie impressionnante. Qu’est-ce que le live provoque chez toi que tu ne retrouves nulle part ailleurs ?

Pour moi, le live est avant tout une rencontre avec les gens et avec les sujets que nous avons envie de défendre.

C’est un espace d’interaction, une sorte de question-réponse. Nous présentons artistiquement des choses qui nous semblent importantes, mais nous estimons que les gens méritent de se faire leur propre avis et de construire leur propre réflexion. Le concert est l’un des endroits où cela se passe.

Il y a aussi un côté récréatif : on est entre copains, on s’amuse. Mais il faut évidemment de l’énergie, aller chercher les gens, provoquer des réactions. C’est aussi le rôle du live.

Un concert, c’est un moment où des centaines, parfois des milliers de personnes partagent les mêmes émotions. Que ressens-tu face à cette foule ?

C’est un échange permanent. Le public nous donne de l’énergie, et nous lui en donnons en retour.

Mais ce que je trouve surtout précieux, c’est d’avoir la possibilité de disposer d’un espace d’expression. Pendant une heure et demie, nous pouvons prendre la parole, défendre des idées et proposer des sujets de réflexion. C’est quelque chose d’extrêmement rare à notre époque : pouvoir s’exprimer pleinement, sans censure, dans un espace qui permet aussi aux autres de réfléchir.

Tes textes abordent des émotions personnelles, des questionnements humains et des sujets de société. L’écriture est-elle pour toi un exutoire ?

Dans ma vie personnelle, je ne suis pas forcément quelqu’un de très expansif. Mes chansons naissent souvent de discussions que j’ai avec des gens, mais aussi de films, de concerts ou d’œuvres d’artistes qui provoquent quelque chose chez moi.

Je ne suis pas fondamentalement différent des personnes auxquelles je m’adresse. Nous partageons des questionnements, des émotions et des préoccupations. L’art me permet d’exprimer une prise de position et, encore une fois, d’ouvrir le débat.

Mais je ne parlerais pas forcément d’exutoire. Pour moi, les choses se passent véritablement lorsqu’un message me revient de quelqu’un qui est venu au concert et qui me dit : « Je suis arrivé sans avoir vraiment d’avis sur ce sujet, puis j’ai découvert certaines choses et je me suis mis à réfléchir. »

Cette personne n’est pas obligée d’être d’accord avec moi. Ce n’est pas le problème ; c’est d’ailleurs ce qui est intéressant. Ce qui compte, c’est qu’une réflexion ait commencé, qu’un échange soit possible et qu’une véritable idée du vivre-ensemble puisse émerger.

Je suis quelqu’un de très solitaire dans la vie, mais je sais que j’ai la capacité de réunir des gens qui ne se connaissent pas forcément et de créer quelque chose entre eux. Pour moi, c’est essentiel : transmettre quelque chose, provoquer une rencontre.

Dans « Silence », vous abordez notamment la course à la reconnaissance et le regard des autres. Comment parvenir à se détacher de cette pression et à préserver son équilibre intérieur ?

J’ai énormément de chance, parce que, pour le coup, je n’en ai absolument rien à faire !

Je trouve important de pouvoir vivre pour soi, sans être constamment préoccupé par ce que les autres pensent de nos choix. Cela ne signifie pas que la vie des autres ne m’intéresse pas. Au contraire, elle m’apporte énormément. Si je suis celui que je suis aujourd’hui, c’est aussi parce que certaines personnes se sont tournées vers les autres.

Mais ce que l’on pense de mes choix personnels, cela n’a pas de prix, justement : ma liberté de faire mes propres choix est essentielle.

Je pense aussi que les artistes ont un véritable rôle à jouer dans une société où la notion de vivre-ensemble est parfois mise à mal. Nous pouvons contribuer à développer l’esprit critique, à ouvrir des perspectives et à éviter que les gens se laissent enfermer dans des discours tout faits.

Le nom Skip The Use évoque le changement des habitudes. Qu’avez-vous encore envie de bousculer après toutes ces années ?

Le système, notamment notre manière de regarder les autres et de nous remettre en question.

Il est beaucoup plus facile de pointer du doigt une religion, un genre ou une sexualité que de se regarder dans un miroir et de se demander ce que l’on peut changer dans sa propre vie, dans le groupe auquel on appartient ou dans son pays.

L’art a une vraie place à prendre dans cette réflexion. Il ne doit pas nécessairement dicter une conduite ou imposer une vérité. En revanche, il doit pouvoir susciter des questionnements, encourager la prise de position et développer l’esprit critique.

Sinon, nous laissons les algorithmes ou les responsables politiques penser à notre place. Et cela peut nous conduire vers des extrêmes dangereux.

Nous sommes tous susceptibles d’être influencés, parfois même sans nous en rendre compte. C’est pourquoi il est important de prendre du recul et de ne pas croire tout ce que l’on nous dit sans réfléchir.

Avec l’expérience, as-tu appris à mieux écouter tes envies et à reconnaître ce qui est vraiment important pour toi ?

Dans la musique, oui, probablement davantage que dans la vie personnelle. Mais je pense que c’est un travail qui ne s’arrête jamais.

C’est un exercice d’introspection, d’analyse, de remise en question, de choix, puis parfois de remise en question de ces choix. Il y a des doutes, des confirmations… Personnellement, ce processus me rend très heureux.

Dans la vie privée, c’est plus long, parce qu’il y a beaucoup de choses à prendre en compte : les amis, les parents, les enfants, les personnes qui nous entourent…

J’aime les discussions avec des gens intelligents, cultivés, avec lesquels je ne suis pas toujours d’accord. C’est justement ce qui est intéressant. Si nous étions tous d’accord sur tout, ce serait franchement moins drôle !

Derrière le frontman, il y a aussi un groupe et des personnalités différentes. Comment cette diversité nourrit-elle votre créativité ?

La créativité artistique passe nécessairement par des visions différentes. Toi, tu vois quelque chose à un endroit, ton pote voit autre chose. De cette confrontation naît quelque chose de nouveau.

J’aime beaucoup cette formation en groupe. Aujourd’hui, on met souvent en avant des personnalités individuelles, des gens seuls, alors qu’en réalité, ils ne le sont jamais complètement.

Moi, j’aime le collectif, les échanges, le fait de réfléchir ensemble, de discuter, parfois de se prendre la tête sur une idée. C’est cette dynamique qui m’intéresse.

L’intelligence artificielle prend une place croissante dans la création musicale. Est-ce une opportunité ou une menace pour les artistes ?

Nous utilisons des outils de création depuis très longtemps. Le problème, selon moi, n’est pas forcément l’outil lui-même, mais l’illusion qu’il peut produire.

Tu peux utiliser l’Auto-Tune pour explorer une direction artistique intéressante. Mais tu peux aussi l’utiliser en pensant qu’il suffit de cela pour devenir chanteur. Avec l’intelligence artificielle, c’est un peu la même chose : tu peux générer des chansons et croire que tu es compositeur, alors que la création artistique demande bien davantage.

Nous sommes dans une époque où l’on cherche à supprimer la difficulté de l’apprentissage. On veut gagner du temps, éviter les étapes qui nous demandent des efforts. Pourtant, c’est aussi en apprenant, en travaillant et en traversant ces difficultés que l’on construit sa personnalité artistique.

L’intelligence artificielle est un outil intéressant, mais ce n’est pas autre chose. Chacun est libre de l’utiliser comme il le souhaite. Simplement, je ne pense pas qu’elle suffise à faire de quelqu’un un artiste.

Et puis, il y a le live. Cette rencontre humaine, cette énergie qui circule entre les musiciens et le public, ne se remplace pas aussi facilement.

SANTÉ : apprendre à se connaître et à préserver son équilibre

Tes concerts demandent une énergie physique considérable. Comment prépares-tu ton corps et ta voix avant de monter sur scène ?

Je ne suis pas très bon en matière de préparation ! Je ne fais pas vraiment d’échauffements ou de routines particulières.

En revanche, je travaille beaucoup, et je pense que cela m’a permis de développer davantage d’endurance au fil des années. Je fais aussi beaucoup de sport.

Je ne suis pas obsédé par la performance. Ce qui me préoccupe davantage, c’est de conserver ma capacité à faire ce que j’aime.

Tu pratiques beaucoup de sport. Qu’est-ce qui te passionne particulièrement ?

Le surf ! C’est vraiment une passion.

Je suis revenu vivre à Lille après avoir passé beaucoup de temps en Californie, mais je pars surfer dès que je le peux, notamment le week-end. C’est quelque chose qui fait partie de ma vie depuis longtemps.

Quand je ne peux pas surfer, je m’organise autrement. Je fais des exercices à la maison, j’entretiens ma condition physique et je trouve des solutions pour continuer à bouger. Je reviens notamment de Tahiti, et j’essaie toujours de trouver un moyen de surfer.

Je suis un grand fan de sport. Ce serait vraiment difficile pour moi de ne plus pouvoir en faire.

Derrière l’énergie du chanteur, il peut aussi y avoir de la fatigue, de la pression et des moments de doute. Comment vis-tu ces différentes phases ?

J’ai toujours été quelqu’un de très angoissé. Depuis toujours.

Je suis aussi très solitaire, et le fait de me retrouver au milieu de beaucoup de monde peut être compliqué pour moi. Les tournées ont donc des effets importants sur moi.

Au fil du temps, j’ai appris à composer avec ces difficultés. Il m’arrive d’avoir besoin de consulter un psy et de prendre quelques anxiolytiques, pour pouvoir affronter certaines situations et continuer à avancer.

Je pense que l’accompagnement autour de la santé mentale est nécessaire pour tout le monde. Il ne faut pas hésiter à chercher de l’aide quand on en a besoin. C’est vraiment humain.

Mais il n’est pas toujours facile de trouver la bonne personne ou le bon accompagnement…

C’est effectivement la difficulté : trouver la bonne personne. Mais cela ne doit pas empêcher de chercher. On peut avoir besoin d’un soutien à certains moments de sa vie, et il n’y a aucune honte à cela.

Le sommeil, un pilier trop souvent négligé

Entre les concerts, les déplacements et les horaires tardifs, comment arrives-tu à préserver ton sommeil et à récupérer ?

Le secret de ma forme, c’est le sommeil. Quand j’ai besoin de dormir, je dors !

Je suis aussi passionné de musique électronique et de techno, et il m’arrive d’aller voir des artistes. Mais je ne suis pas quelqu’un qui enchaîne les soirées en permanence.

Le sommeil est vraiment la base. J’ai besoin de récupérer, et je sais que je ne peux pas fonctionner correctement si je ne dors pas suffisamment.

J’essaie donc de m’organiser en fonction de mes besoins. Le sport et le surf font aussi partie de cet équilibre, même si cela demande parfois de se lever très tôt !

Qu’est-ce qui te permet de déconnecter réellement de la musique et de te ressourcer ?

La nature, les voyages et le surf.

J’ai eu la chance de vivre longtemps en Californie, et j’y retourne beaucoup. C’est un endroit qui me parle profondément, dans lequel je me sens bien et où je retrouve quelque chose d’essentiel.

Le contact avec la nature, les éléments, le vent… Tout cela me ressource complètement.

Le surf me permet de sortir de mon quotidien, de me concentrer sur autre chose et de retrouver un espace à moi. C’est une véritable bulle d’oxygène.

La paternité, un autre regard sur la vie

La musique peut prendre énormément de place lorsqu’elle devient un métier. Comment préserves-tu du temps pour toi et pour tes proches ?

Quand mes filles étaient petites, j’ai dû apprendre à travailler en fonction de leur rythme, notamment des horaires d’école. Tu t’organises pendant les moments où elles ne sont pas là, puis tu es disponible quand elles rentrent.

Finalement, c’est extrêmement nourrissant.

Mes filles m’apportent énormément, notamment dans ma manière de voir les choses et dans mon équilibre. Et je ne parle pas seulement d’équilibre affectif, mais aussi de la façon dont elles influencent ma vision de la vie.

Il y a beaucoup de gens qui ont peur d’avoir des enfants, parce qu’ils pensent que cela va les empêcher de faire certaines choses ou les obliger à renoncer à leurs projets.

Moi, je vois les choses autrement : ma vie a commencé avec mes enfants.

« Le meilleur moyen de sortir d’une embrouille avec soi-même, c’est de se poser des questions »

Pour terminer, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui traverse une période de stress, se met beaucoup de pression ou peine à trouver sa place dans un monde où tout va très vite ?

Ce que je disais tout à l’heure : il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide.

Il y a une phrase dans une chanson d’Orelsan dit : «  La meilleure façon de sortir d’une embrouille, c’est de poser des questions. » et il a bien raison !

Il faut aussi savoir s’entourer. Il existe des professionnels et des structures qui peuvent accompagner les personnes qui traversent des difficultés psychologiques. Il ne faut pas rester seul face à ses problèmes.

Aujourd’hui, la pression est permanente, notamment avec les réseaux sociaux. À mon époque, tu faisais un concert, tu le faisais bien, puis tu rentrais te coucher. Maintenant, après le concert, il faut encore être présent sur les réseaux, publier du contenu, entretenir sa visibilité…

On ne laisse plus forcément aux artistes le temps de récupérer. Et dès que tu prends du recul, tu peux avoir l’impression que tu vas disparaître.

Mais, à force de vouloir répondre à toutes les sollicitations, c’est finalement toi qui risques de disparaître.

Il faut apprendre à poser ses limites. Pouvoir dire : « Là, je ne suis pas disponible », ou « J’ai besoin de temps pour moi, pour me concentrer sur autre chose. »

J’ai la chance d’être entouré d’une bonne équipe et de bénéficier d’un accompagnement qui me permet de mieux gérer ces questions.

Je pense qu’il est essentiel de trouver cet équilibre, de se connaître et de comprendre ce dont on a besoin pour avancer.

A noter dans vos agendas

L’énergie de Mat Bastard et de Skip The Use retrouvera la scène du Casino 2000, le samedi 13 février 2027 à 20 h 30, à l’occasion du Love & Anxiety Tour.

Au programme : un rock puissant, des sonorités qui bousculent les codes et cette intensité scénique qui fait la signature du groupe. Un rendez-vous à ne pas manquer pour celles et ceux qui aiment les concerts où l’on chante, où l’on danse et où l’énergie circule entre la scène et la salle.

Et si Mat Bastard a un message à faire passer avant de retrouver le public luxembourgeois, c’est bien celui-ci : un concert est avant tout une rencontre. Une occasion de partager des émotions, de se laisser surprendre et de vivre pleinement l’instant.

À noter dans vos agendas :

  • Artiste : Skip The Use
  • Tournée : Love & Anxiety Tour
  • Date : samedi 13 février 2027
  • Heure : 20 h 30
  • Lieu : Casino 2000, Mondorf-les-Bains, Luxembourg
  • Réservez ici

Galerie photos

Photo principale @Jauris Bardoux

Photos ci-dessous : @Nicko Guihal

Skip The Use, le groupe sur fond rouge
Nicko Guihal

violence-envers-les-femmes

Orange Week 2026 : du 25 novembre au 10 décembre, tous unis contre les violences faites aux femmes et aux filles

Orange Week 2026… « Orangez votre monde » est une initiative lancée en 2008 par les Nations Unies afin de sensibiliser aux violences faites aux femmes et aux filles et de renforcer la mobilisation collective pour y mettre fin. Au Luxembourg, orangeons notre monde pour la 9e année consécutive ! Les agressions récentes nous rappellent que cette action collective est essentielle. Comment s’impliquer dans la campagne Orange Week 2026 ? Plusieurs actions permettent de participer à cette mobilisation : Faisons de l’orange un symbole visible de solidarité et d’engagement. Orangez votre monde ! Informations pratiques et calendrier des événements : www.cnfl.lu

Pour vous

Articles suggérés

reconnecter à la nature, forêt, cours d'eau

Se reconnecter à la nature

Pourquoi se reconnecter à la nature ? Pourquoi est-ce que le fait de prendre du temps pour soi à l’extérieur est essentiel dans notre monde