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Leucémie : le point sur sa prise en charge

A l’occasion de la Journée Mondiale contre le cancer, l’équipe pluridisciplinaire du CHL Kriibszentrum organisa, le 28 janvier dernier, une journée dédiée à la prévention, au dépistage et à la prise en charge du cancer au CHL. Voici notre compte-rendu de la conférence du Dr Sigrid De Wilde, médecin spécialisé en hémato-oncologie, intitulée « Les maladies hématologiques : prise en charge et traitement », à laquelle nous avons pu assister.  

Plusieurs raisons existent pour lesquelles on vous demande de faire une prise de sang : examen de routine, fièvre, fatigue, présence de ganglions, saignements… Si votre médecin traitant constate une « mauvaise prise de sang », il prendra rapidement contact avec un service d’hématologie afin que l’on puisse procéder à des analyses sanguines plus poussées et, en fonction des résultats obtenus par le laboratoire, vous permettre de consulter en urgence un hématologue. 

Rappelons que la leucémie se caractérise par une production excessive de globules blancs anormaux.

La consultation en urgence

Lors d’une consultation en urgence, le médecin hématologue fait votre anamnèse en vous posant des questions sur vos antécédents, les médicaments que vous prenez, vos liens avec votre famille, une éventuelle exposition à des substances cancérogènes… Il procède ensuite à un examen clinique (intérieur de la bouche, foie, rate, ganglions…). Une deuxième grande analyse sanguine est effectuée pour confirmer les résultats de la première. Et si nécessaire, la réalisation d’un myélogramme permettra d’établir le diagnostic. Cet examen consiste à ponctionner l’os, habituellement au niveau du bassin, et à recueillir un peu de moelle osseuse. Celle-ci sera examinée sous microscope afin de faire des analyses génétiques/moléculaires ou de contrôler la présence de marqueurs tumoraux. 

Si les résultats confirment la présence d’une leucémie aïguë, l’hospitalisation est  faite en urgence… et longue. Le patient est directement mis en contact avec une équipe pluridisciplinaire composée de médecins, d’infirmières, aide-soignantes, de kinésithérapeutes, d’une diététicienne, d’une psychologue…

La moelle osseuse

Indispensable à la vie, la moelle osseuse (qui se trouve dans nos os) assure la production de cellules souches. Celles-ci produisent les cellules sanguines, à savoir les globules rouges dont la fonction est de véhiculer l’oxygène, les globules blancs œuvrant contre les infections et les plaquettes qui arrêtent les saignements.

Types de leucémies et traitements

Les quatre types de leucémies les plus fréquentes sont : 

  • la leucémie myéloïde aiguë, 
  • la leucémie lymphoblastique aiguë, 
  • la leucémie myéloïde chronique,
  • la leucémie lymphoïde chronique. 

La guérison de la leucémie chronique n’est pas toujours possible, mais habituellement le patient vit longtemps avec la maladie. Le traitement consiste à donner des médicaments oraux au patient que l’on peut combiner avec des anticorps ou des chimiothérapies en intraveineux. 

La leucémie myéloïde chronique est traitée actuellement avec des inhibiteurs de la tyrosine kinase. Pour la moitié des patients, la prise de ces médicaments pourra être stoppée au bout de 5 ans, avec 50 % de chance de guérison. 

Pour les différents types de leucémies myéloïdes aiguës, des blocs de chimiothérapie sont réalisés (pour une durée d’un mois en général), et complétés par une greffe de moelle. 

En cas de leucémie lymphoblastique, de nombreux blocs de chimiothérapie sont réalisés, avec des blocs courts et des blocs longs en alternance. En l’absence d’une greffe de moelle, les blocs peuvent être prolongés jusqu’à 2 ans après le diagnostic.

Dr De Wilde commenta : « Il est important de bien comprendre qu’il est impossible de prévoir tout le « chemin » dès le diagnostic initial. Nous devons attendre, parfois pendant plusieurs semaines, les résultats cytogénétiques et biomoléculaires. Et puis, nous devons observer la manière dont notre patient va répondre à la chimiothérapie d’induction. Parfois, il sera nécessaire de proposer au patient de recevoir une greffe de moelle osseuse. Les cellules souches à transplanter peuvent être soit d’origine autologue, soit provenir d’un membre de la famille ou d’une banque de donneurs. Pour identifier la compatibilité entre le donneur et le receveur, un typage HLA (Human leucocytes antigens) est toujours réalisé. » 

Comment s’effectue le don de moelle ?

Rappelons tout d’abord qu’il existe différents types de donneurs : 

  • syngénique : jumeau/jumelle identique,
  • matched related donor : frère ou soeur HLA identique (1 chance sur 4),
  • matched unrelated donor : donneur externe à la famille (1 chance sur un million d’avoir une compatibilité),
  • donneur haplo-identique : le typage HLA est identique pour la moitié (5/10).  – Greffe de sang de cordon. 

Pour s’assurer du succès du prélèvement, des facteurs de croissance sont administrés au donneur pendant quatre jours. Au cinquième et sixième jour, le prélèvement des cellules souches est effectué au moyen d’une machine semblable à celles que l’on peut voir en dialyse. Après avoir reçu les traitements de base (chimiothérapie, radiothérapie), le receveur peut recevoir les cellules souches par transfusion. Au bout de 15 jours, les cellules souches – qui ont pu réintégrer la moelle osseuse – vont pouvoir se reproduire et produire à nouveau des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes. 

Une surveillance médicale est toutefois requise car le patient peut présenter divers symptômes (réactions cutanées, aphtes dans la bouche, toux, fièvre, diarrhée…) consécutifs à la greffe de moelle osseuse. « Il s’agit d’une réaction de rejet de la greffe, c’est-à-dire que les cellules du donneur sont en train d’attaquer les cellules du patient. Bien que le typage HLA soit identique, il existe toujours des différences qui font que les cellules du donneur vont réagir. Nous cherchons à ce qu’il y ait une petite différence afin que les cellules du donneur puissent combattre les cellules leucémiques. Tout l’enjeu réside donc dans le fait de trouver un parfait équilibre. », souligna le Dr De Wilde. 

« Pour le don de moelle, certains critères doivent être respectés : l’âge, la présence de comorbidités (hypertension, maladie rénale sévère…), le statut de performance. » 

Les CAR-T cells, un traitement qui révolutionne la lutte contre les cancers du sang

Cette nouvelle thérapie consiste à modifier génétiquement les cellules immunitaires du patient pour détruire les cellules tumorales. Actuellement, son remboursement est valable uniquement pour les enfants et jeunes adultes atteints d’une leucémie lymphoblastique et pour certains lymphomes. 

Post - Luxembourg - Santé
Céline Buldgen
Journaliste multimédia

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